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Entretien avec Aguaï Dahi, membre fondateur du Polisario et acteur associatif : «Ross doit demander à l’Algérie de retirer ses citoyens des camps de Tindouf

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Propos recueillis par Ahmadou El-Katab | Mardi 30 Octobre 2012

Entretien avec Aguaï Dahi, membre fondateur du Polisario et acteur associatif : «Ross doit demander à l'Algérie de retirer ses citoyens des camps de Tindouf»

Selon Radio Hachem, une radio locale qui émet à travers le net à partir de Laâyoune, Christopher Ross, qui se trouve au Maroc depuis la fin de la semaine dernière, devrait effectuer une visite, à partir d’aujourd’hui à Laâyoune.
Cette visite qui devrait durer deux jours, entre dans le cadre de sa nouvelle stratégie pour débloquer l’épineux dossier du Sahara.
La radio indique que cette nouvelle stratégie pourrait associer au dossier d’autres parties dont des pays européens, et ce afin de mettre fin à ce conflit.
Reste que le retrait de confiance à l’émissaire onusien par le Maroc et le manque d’explications sur son retour de la part des autorités ont alimenté toutes sortes de rumeurs parmi les habitants des nos provinces sahariennes connues pour leur imagination fertile. Pour rapprocher ses lecteurs de ce dossier et de ce qu’en pensent certains sahraouis, Libé a demandé son point de vue à Aguaï Dahi, l’un des acteurs associatifs de ces provinces et grand connaisseur du dossier pour avoir été membre fondateur du Polisario qui avait fini par le jeter dans ses geôles pendant plusieurs années avant qu’il ne fuie les camps à la fin du siècle passé pour rallier la mère patrie.

Libé : Après avoir retrouvé la confiance que les autorités marocaines lui avaient retirée, voilà que Christopher Ross reprend du service en se rendant au Maroc. Quelles nouvelles peut-il apporter, selon vous ?

Aguaï Dahi : Avant de répondre à votre question, je voudrais saisir l’opportunité que vous me donnez et dire à Christopher Ross qu’il faut faire la distinction entre les Sahraouis qui constituent une entité répartie sur plusieurs pays et les Sahraouis originaires des provinces marocaines qui sont au centre de ce conflit. Une fois cette distinction faite, la solution définitive du problème consistera à ce que l’Algérie retire ses citoyens d’origine sahraouie des camps dont ils constituent 80% de la population. Ainsi ce pays qui, sous le couvert de soutenir les peuples à recouvrer leur indépendance, ne soutient que ces citoyens par lesquels il crée un climat d’instabilité et de tension dans la sous-région. Si M. Ross arrive à convaincre les autorités algériennes de soustraire leurs ressortissants du conflit, la solution est toute trouvée puisque les camps de Tindouf se videront de 90% de leurs habitants vu que plus de la moitié des Sahraouis originaires des territoires objets du conflit ont émigré en Espagne, pays dont ils détiennent la nationalité.
Pour répondre à votre question, je crois que M. Ross a eu des comportements qui ne laissent aucun doute sur la position qu’il a adoptée et qui s’est caractérisée par sa partialité en épousant la thèse algérienne. Sa Majesté le Roi lui a renouvelé sa confiance, nous l’en félicitons. Mais M. Ross doit mériter cette confiance et adopter la position qui doit être la sienne, à savoir l’arbitrage dans la neutralité. C’est donc l’avenir seul qui nous dira si M. Ross s’est assagi ou non.
Il a donc à faire le choix entre l’objectivité et l’impartialité que lui impose normalement sa position d’arbitre ou alors adopter la position algérienne et là, il n’aura pas mérité la confiance du Maroc ou de son chef Ban Ki-moon.

Les positions du Maroc et celles du Polisario sont connues : l’autonomie interne pour les premiers, le référendum pour les seconds. Que peut faire Ross pour mettre fin à ce dialogue de sourds?

Je crois que si les Algériens acceptaient de retirer leurs citoyens d’origine sahraouie du conflit, ils mettraient fin à toutes les divergences. J’ai bien dit les Algériens et j’ai omis sciemment de parler du Polisario qui n’a d’opinion ou de position que celle de l’Algérie qui est la seule en mesure de prolonger la souffrance de nos frères et sœurs ou d’y mettre fin. Ils sont, si j’ose dire, en possession de la baguette magique qui manque à M. Ross. Je pense en toute objectivité et en parfaite connaissance du dossier que la proposition marocaine d’autonomie interne qui est conforme aux normes internationales et qui a eu l’approbation de la plupart des grandes puissances, puisque plusieurs pays l’ont déjà appliquée au profit de minorités dépassant parfois les 10 millions d’individus. Cette proposition destinée à un peu moins de 100.000 Sahraouis, serait la seule à même de mettre fin au conflit artificiel qui secoue la région.

Les nouvelles en provenance des camps de Tindouf nous apprennent que plusieurs mouvements d’opposition à Abdelaziz sont opprimés par la milice de celui-ci. Que représentent, selon vous, ces mouvements et quel impact peuvent-ils avoir sur les populations des camps ?

Contrairement à ce que rapportent les rumeurs, on ne peut pas attribuer ces mouvements aux authentiques Sahraouis originaires des provinces marocaines, car ceux-là, comme je vous l’ai dit, ont, pour la plupart, émigré vers l’Espagne où ils vivent et dont ils détiennent la nationalité. Mais le départ de ceux-ci a provoqué chez les Algériens d’origine sahraouie, la crainte de voir les aides alimentaires suspendues par les donateurs qui les adressaient initialement aux originaires des provinces sahariennes. Aussi créent-ils ces différents mouvements sur instigation des services algériens de renseignements qui ne veulent pas que le départ des Sahraouis mette fin au conflit.
C’est d’ailleurs cette raison qui m’a amené à suggérer à M. Ross de demander aux responsables algériens de retirer leurs concitoyens des camps pour que fin soit mise au conflit.

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